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Faire de la recherche dans un cabinet dentaire

Institut iMc : un exemple pour la recherche basée sur la pratique

08.01.2020
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La vérité est que nous, cliniciens, sommes tous des chercheurs praticiens. Quand nous posons un diagnostic, choisissons un traitement et suivons les résultats, nous faisons réellement de la recherche, qu'on le sache ou non.

Dr. Michael K. McGuire | United States

Nos questions en la matière sont sans fin. Nous avons beaucoup d'outils diagnostiques, tels les antécédents médicaux et dentaires du patient, les mesures de sondage, les radios rétro-alvéolaires et les clichés CBCT, mais nous devons toujours nous demander quels outils sont appropriés et comment les utiliser au mieux pour choisir le traitement.

Faut-il prescrire des antibiotiques ? Si oui, lesquels, à quelle posologie ? Quelles sont les meilleures techniques d'incision et de lambeau ? Quels biomatériaux donnent les meilleurs résultats et quel suivi postopératoire est le plus bénéfique ?

Dans la réalité, nos diagnostics, pronostics et plans de traitement sont nos « hypothèses et méthodes d'étude » et les issues pour le patient sont nos « résultats d'étude ». Peu importe les connaissances acquises à la faculté dentaire ou via la formation continue, plus nous exerçons, plus nous observons nos résultats cliniques, les comparant peut-être avec ceux d'autres cliniciens ou la littérature, de manière à obtenir ce que nous pensons être nos meilleures « conclusions d'étude » pratiques.

Mais la validité de nos conclusions doit être testée, continuellement, car les techniques et technologies médicales évoluent, il y a plus d'alternatives que nous devons aussi « étudier ». Là se situe notre rôle dans la recherche continue basée sur la pratique. La seule question est : voulons-nous formaliser, consigner et publier nos « résultats de recherche » ?

Les premiers pas

Mon propre cheminement vers la recherche basée sur la pratique a débuté dans les années 70. Au début de ma carrière je voulais à tout prix contribuer à la littérature et étant jeune praticien, je ne savais pas où obtenir des bourses et trouver une entreprise désireuse de soutenir mes recherches. J'ai alors cherché un projet que je pouvais faire dans mon propre cabinet. Il y avait des publications classiques (Hirschfield, Wasserman, McFall et autres) évaluant rétrospectivement des populations de patients, et je me souviens d'un article sur la maintenance des patients qui m'a fait pensé, « Moi aussi, j'aurais pu faire ça ! »

Un jour, donc, après un cours aux internes à San Antonio, j'ai commencé à réfléchir au pronostic et à ce que nous en savons réellement. J'ai rétrospectivement analysé 100 de mes patients, évaluant si les pronostics (et traitements associés) que j'avais établis étaient prédictifs des issues 5 et 10 ans plus tard. J'étais seul auteur et c'était la première fois que j'essayais de publier quelque chose, je ne comprenais donc pas vraiment le processus de publication (organisation, soumission et relecture de l'article). J'ai soumis mon travail au Journal of Periodontology ; il a été rejeté sans commentaire du relecteur.

J'étais très déçu et je pensais n'avoir aucun recours, jusqu'à ce que le Dr Raul Caffesse, qui savait que j'écrivais l'article, m'interroge à son sujet. Une fois informé, le Dr Caffesse a contacté le rédacteur en chef de la revue et lui a demandé de « donner une chance au petit ». J'ai finalement reçu les commentaires des relecteurs et pu faire des corrections satisfaisant la revue. L'article a finalement été publié et le plus suprenant est qu'il est l'un de ceux qui font aujourd'hui ma renommée à travers le monde1. Il fait maintenant partie de la littérature classique.

La réussite

Je dirige à présent une équipe de 16 praticiens investigateurs - parodontistes, chirurgiens oraux et maxillo-faciaux et, plus récemment, dentistes généralistes sous-investigateurs nous aidant pour la recherche en restauration. Nous avons des cabinets à travers les États-Unis et partageons la même vision. Nous voulons utiliser la recherche pour comprendre comment mieux traiter nos patients et apprécier la valeur de la recherche basée sur la pratique, où de vrais patients sont traités dans de vrais cabinets. (Nous apprécions aussi de collaborer avec des universités où des procédés particuliers de recherche – par exemple, biomarqueurs inflammatoires diagnostiques, développement de la thérapie génique et projets de bourses d'état – sont mieux développés et étudiés.)

Nos investigateurs ont publié plus de 350 articles évalués par les pairs et ils assurent, chaque année, 70 conférences régionales, 45 nationales et 15 internationales en moyenne. Ils sont actifs à tous les niveaux de la dentisterie en tant que rédacteurs en chef ou dans le comité de rédaction de revues évaluées par les pairs respectées. Nous croyons tous au pouvoir de la recherche basée sur la pratique et pensons qu'elle traduit plus rapidement les nouvelles thérapies en pratique clinique.2

Ce que cela suppose

Décider si vous voulez vraiment être un praticien chercheur. Considérer que vous pourriez gagner moins d'argent et travailler plus et plus dur que si vous traitiez simplement vos patients dans votre cabinet. Créer des protocoles d'étude, chercher des subventions ou des promoteurs industriels, remplir des cahiers d’observation (CRF), analyser les résultats, rédiger des comptes rendus d'étude et les soumettre aux processus de relecture des revues.

Si vous avez un(e) associé( e) au cabinet, il est appréciable qu'il/elle soutienne votre travail et encore plus s'il/elle collabore avec vous. Je suis très reconnaissant que mon associé, le Dr E. Todd Scheyer, soutienne mes recherches basées sur la pratique mais qu'il soit aussi un investigateur et auteur collaborateur, tout en soutenant le financement du McGuire Institute (iMc).

Je crois que le plus gros défi est d'intégrer une recherche clinique de haute qualité dans un cabinet privé très actif. Pour y parvenir, il faut développer des systèmes et avoir du personnel pour permettre le fonctionnement du cabinet sans perturbation. Il faut du personnel spécifique pour recruter les patients, coordonner l'étude, aider à consigner les résultats et rédiger le compte rendu. Je ne serais parvenu à rien sans l'équipe d'excellents hygiénistes, assistant(e)s de chirurgie et coordinateurs d'étude qui s'assurent que notre recherche fonctionne !

J'ai, à l'origine, créé iMc comme un projet d'héritage. Après mes conférences, surtout lors des grandes rencontres sur la parodontologie, il arrive souvent que quelqu'un vienne me voir et me dise « Cest super. J'aimerais faire ça. Dites-moi comment vous faites. » Avec iMc, nous pouvons aider les cliniciens à apprendre à mener des études de haut niveau efficacement pour leur bénéfice, celui de la profession et de leurs patients.

Aide, outils et références

Trouver des mentors en recherche. Vous avez lu ci-dessus comment le Dr Caffesse et d'autres m'ont aidé. Mais l'opportunité qui m'a vraiment lancé était une étude organisée par les Drs Ken Kornman et Mike Newman sur un fil imprégné de tétracycline pour application locale contre la parodontite. À ma connaissance, il s'agissait de l'une des premières grandes études basées sur la pratique en dentisterie3. Ken, Mike et leur équipe ont aidé à me former ainsi que l'un de nos hygiénistes à la recherche basée sur la pratique et cela a été le « coup de foudre ».

Trouver des collaborateurs et partenaires spécialisés dans les études.

  • Le Dr Newman m'a enseigné la dentisterie factuelle (et était le rédacteur en chef et fondateur du Journal of Evidence-Based Dental Practice). Le Dr Jack Gunsolley, biostatisticien, harmonise nos contrôleurs (pour la mesure cohérente et précise des résultats à travers le pays), crée les modèles statistiques assurant la puissance de nos études et fait l'analyse statistique de nos résultats.
  • Le Dr Thiago Morelli, chercheur à l'université de Caroline du nord, nous a récemment présenté une nouvelle technique de scan intra-oral numérique en 3D pour mesurer les variations du tissu mou buccal avec une précision de 0,05 mm.
  • Le Dr Alan Herford (université de Loma Linda) nous a aidés pour les analyses histologiques. Une subvention du NIDCR pour la recherche en médecine régénérative et ingénierie tissulaire a permis un partenariat d'iMC avec le Dr Will Giannobile, les universités du Michigan et de Pittsburg et l'institut Harvard/Wyss. Dans ce processus très compétitif, de nouvelles technologies sont sélectionnées pour le financement et iMc a été choisi pour aider à sélectionner et guider ces nouvelles thérapies via des études précliniques vers des essais cliniques sur l'humain.
  • De plus, le sociologue Chad Gwaltney (Université Brown), notre « pro des PRO » (aux dires des patients), participe aux entretiens avec les patients traités, par exemple au laser, puis crée les questions et questionnaires des PRO (Patient Related Outcome) nous informant sur la douleur, l'anxiété et les thérapies préférées des patients.

iMc a également pour partenaire l'organisation de recherche sous contrat Medelis Inc. qui nous aide à organiser, initier et contrôler nos études multicentriques. Nous nous réunissons régulièrement avec Medelis pour une formation aux bonnes pratiques cliniques (BPC). Les directives relatives aux BPC aux Etats Unis figurent dans le Code of Federal Regulations (Title 21) de la Food and Drug Administration ; des directives comparables existent pour les études européennes. Cette année, beaucoup de nos coordinateurs et contrôleurs d'étude sont allés à Houston et Phoenix pour harmonisation et formation aux BPC en préparation de nos études en cours sur le laser et Geistlich Fibro-Gide®.

Outre le Code of Federal Regulations (Title 21), il existe d'autres guides et références utiles, comme Osteology Guidelines for Oral and Maxillofacial Regeneration – Clinical Research4. Cet ouvrage utile comporte des conseils et des outils pour concevoir et conduire des études cliniques. Il existe aussi des guides pratiques pour rédiger des articles, tel que : A guide for preparing a patient-oriented research manuscript de Dodson5, ou conduire des PRO6,7. Toute l'aide nécessaire y figure. Il faut juste un peu d'efforts (et des lectures nocturnes) pour le maîtriser.

Récompenses

Les récompenses ? Je suis reconnaissant pour l'aboutissement de ma carrière et de mes recherches.

La recherche basée sur la pratique a certainement rendu mon activité plus intéressante et m'a permis d'accéder à des technologies et dispositifs que je n'aurais pas connus autrement. Le Dr Scheyer et moi-même avons pu proposer à nos patients certains des traitements les plus récents. La recherche nous distingue aussi d'autres cabinets et nous a permis de fournir à nos patients des traitements gratuits ou à prix réduit.

Nous apprécions clairement la notoriété liée à la recherche et j'aime les voyages et la camaraderie que mes conférences favorisent. En fin de compte, il s'agit de satisfaction professionnelle. Si vous aimez la dentisterie et la recherche, et ce qu'elles peuvent faire pour vos patients, vous pourriez peut-être aussi envisager la recherche basée sur la pratique.

Dr. Michael K. McGuire

Dr. Michael K. McGuire | United States

The McGuire InstituteTM & Perio Health ProfessionalsTM

Houston

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